Alternate Reality – Pokemon GO vs the world

Cela fait maintenant plus d’un mois que Pokemon GO, la bombe de Niantic, a déferlé sur l’hexagone (et deux bons mois officieusement), il est donc enfin temps de faire un point sur le jeu.

Résumé de Pokémon GO à l’usage des deux du fond qui n’y entendent rien

Pokémon, d’abord, c’est une licence de jeux vidéos, initialement développés sur Game Boy, puis déclinée sur l’ensemble des consoles portables Nintendo (et aussi, de façon marginale, sur des consoles pas-portables de la marque), mais également en dessin animés, en jeu de cartes à collectionner, en peluches, en agendas… bref en tout ce que la galaxie peut compter de produits dérivés, et qui a fêté dernièrement ses 20 ans. Ce qui veut dire que si vous avez moins de 35 ans (ou que vous avez des enfants de moins de 25), vous y avez nécessairement déjà été exposé.

Le but du jeu est simple, il s’agit de parcourir un monde virtuel peuplé d’animaux, les Pokemon 1, que l’on capture en les enfermant dans des genres de balles de golf, les Pokeballs (oui, il y a beaucoup de poketrucs, dans l’univers, ils ne se sont pas trop foulés), puis en les faisant progresser en les faisant se battre contre d’autres pokemon, qu’il s’agisse de ceux que l’on croise dans la nature ou ceux des autres personnages du monde (ou des autres joueurs, pour peu que l’on ait un câble – pour les anciennes versions – ou le WiFi et des connaissances qui jouent aussi au jeu).

La devise, « Attrapez-les tous! », résume la philosophie du jeu, puisqu’au delà d’avoir la bestiole la plus puissante (ce qui n’est pas vraiment possible, les équilibres étant gérés par un genre de pierre-feuille-ciseau super-développé), l’un des intérêts majeurs du jeu consiste à récupérer l’ensemble des espèces différentes;

Je vous passe le blabla sur le dessin animé, qui met en scène le héros, Sacha, et son Pokemon fétiche, le célébrissimme Pikachu, aux prises avec les plans diaboliquement foireux et récurrents des méchants de la Team Rocket…

Mais alors, Pokemon GO, ça apporte quoi au jeu?

Plusuieurs choses.

D’abord, c’est le premier jeu de la série qui se joue sur smartphone. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais Pokemon était jusqu’ici une des licences « vache à lait » de Nintendo (ça l’est toujours, hein), et si tout le monde n’est pas équipé en console, quasiment tout le monde l’est en smartphone.

Ensuite, il n’est plus question de contrôler Sacha, Jules ou qui que soit le personnage héros du jeu: le joueur lui-même devient le « dresseur » 2.

Enfin, le jeu se joue « dans le monde réel » (ou plus exactement dans un monde alternatif superposé sur le monde réel). Le joueur doit bouger pour partir à la chasse aux Pokemon, avec le cortège d’actions mignonnes ou ridicules, stupides, voire dangereuses qui s’est ensuivi.

Le gameplay 3, lui, change pas mal par rapport aux jeux sur console. L’étape « combat » disparait quasiment (à l’exception des combats en arène), et la composante principale est la capture des Pokemon, principale source de « matériau d’évolution » pour ses bestioles.

Pourquoi ça a marché

Parce que Pokemon. Je pense qu’il n’y a pas un être humain en âge de tenir un smartphone 4 qui ignore ce qu’est un Pokemon, et le jeu a un parfum de madeleine de Proust pour la plupart des jeunes adultes qui y retrouvent un parfum de cour de récréation et de dessins animés du mercredi matin.

Parce que le jeu est simple à prendre en main, et qu’il est rapidement gratifiant (outre le côté « capturez-les tous », le jeu donne une tétraflopée de « badges » pour tout un tas d’actions diverses: découvrir X endroits, capturer X Pokemon d’un type particulier, marcher X kilomètres…)

Parce qu’il a été très attendu (en particulier en France, où le lancement a été décalé à la suite des différents événements tragiques de la mi-juillet), et qu’il a donc fait l’objet d’un énorme effet de mode

Pokemon GO, panthéonisable ou feu de paille?

J’ai envie de répondre « un peu des deux ».

Il est clair, au vu de son succès (même si celui-ci n’est, comme je le suppose, que momentané), que la sortie de Pokemon GO constitue un moment-charnière de l’histoire du jeu vidéo. On me rétorquera (avec justesse) que ce n’est pas le premier jeu en « réalité alternée » 5 : Niantic, la firme derrière le développement du jeu, distribuait déjà depuis plusieurs années le jeu Ingress (dont Pokemon GO reprend une bonne partie des mécaniques et de l’architecture) qui proposait déjà des mécaniques de jeu superposées au monde réel, mais le jeu est le premier à rencontrer un succès aussi large et c’est très certainement celui que l’Histoire retiendra.

Maintenant, pour un joueur, Pokemon GO est quand même perclus de défauts qui le rendent rapidement insipide à jouer:

  • le gameplay simpliste: marcher, repérer, capturer ne procure pas vraiment de renouvellement
  • d’autant plus que l' »écosystème » est assez peu varié: dans la même zone, on ne trouvera qu’une partie du « biome » (les plantes et les insectes à la campagne, les poissons au bord de la mer ou des rivières), ce qui fait qu’à moins de réellement partir en exploration, on tournera rapidement en rond en terme de variété.
  • L’absence d’interactions sociales empêche de contrebalancer le défaut sus-évoqué. Les versions « console » de Pokemon avaient ceci d’intéressant qu’elles sortaient toujours en deux volets, qui ne contenaient qu’une partie des Pokemon, mais les joueurs pouvaient les échanger entre eux afin de compléter leur inventaire.
  • De la même façon, les trois « factions » du jeu n’apportent rien à leurs membres, à l’exception du droit de poser leurs Pokemon en défense des arènes contrôlées par la faction.
  • En parlant d’arènes, l’écart creusé entre les early adopters et les autres est quasi rédhibitoire pour le débutant. Les arènes sont trustées par des Pokemon de joueurs de haut niveau, et le débutant ne peut intervenir en rien pour compenser cet état de fait.
  • Encore une fois 6, créer un jeu dans un monde persistant (et même encore plus que ça) sans qu’aucune interaction ne soit possible, que ce soit avec les joueurs à proximité (que l’on ne voit même pas dans le jeu, même s’il est très drôle de jouer au jeu des conjectures quand on croise des personnes penchées sur leur téléphone en comparaison de la carte du jeu), sa faction (par exemple pour planifier des attaques ou des défenses d’arène) ou ses amis (pour comparer les progressions, ou simplement discuter) est à mon avis un manque béant

Le jeu n’ayant même pas de « carotte » à intervalles très courts (comme peut l’avoir un Candy Crush et autres mini-jeux à tableaux) pour soutenir l’intérêt du joueur, la destinée de Pokemon GO est de devenir ce jeu qu’on n’ouvre plus qu’une fois de temps en temps, quand on est désœuvré 7

Et pour finir, avant de sacrifier à la tradition de la petite vidéo, une citation dans le thème, que je dois à mes camarades de prépa F.D.S et B.Y

Le nabot est au bellâtre ce que Sacha est à Pikachu: il est moins mignon, mais il a plus de vocabulaire 8

Notes:

  1. contraction de POcKEt MONsters
  2. oui, je mets le truc entre guillemets, ça sera expliqué plus tard
  3. façon de jouer, pour les réfractaires à la langue de Shakespeare
  4. ce qui exclut les nourrissons et les personnes âgées
  5. Oui, en plus d’être en « réalité augmentée », i.e. les Pokemon apparaissent sur l’écran de votre téléphone en superposition sur l’image de la caméra, le jeu est en « réalité alternée », puisque le « monde des Pokemon » se superpose sur le monde réel
  6. même si c’est peut-être le joueur de MMO qui parle
  7. Bien entendu, rien n’empêche Niantic d’améliorer son produit pour y ajouter de nouvelles fonctionnalités 😉
  8. version alternative: lui au moins n’a pas la queue en zig-zag