On ne juge pas un livre à sa couverture… mais ça aide pas mal

Non, ce billet ne traitera pas de la protection pour liseuse dont je vous tease des images depuis quelques jours (et qui est réalisée. Il faut « juste » que j’écrive le billet lié – et les gens qui me connaissent savent à quel point il faut prendre en compte ce « juste »), mais de l’expression du titre, prise à son sens premier.

Rendons à César ce qui est à Anna Musarde, c’est un peu de sa faute si j’écris ce billet, suite à un rapide échange de tweets sur le grand sujet polémique d’hier matin, à savoir la réaction de Jean-François Copé sur un livre pour enfant sobrement intitulé « Tous à poil! ». Du livre en lui-même, je ne connais que la couverture, une ou deux illustrations intérieures (dont la page de la maitresse en maillot de bain, pfouhouhou quesqu’on s’poile 1) et le résumé rapide (si j’ai bien suivi, il s’agit d’un enchainement de pages où tout le monde se désape complètement pour aller se baigner dans la mer ce qui, je le rappelle, est prohibé par la loi française, même si c’est toléré sur certaines plages du Cap d’Agde…). Anna, elle, a eu le bouquin sous la main, et l’a donc lu sans plus y trouver à redire que ça (si je me trompe, qu’elle me corrige), me répondait:

Et là, forcément, j’ai un peu tiqué (bien que de façon à moitié hors-sujet).
Le titre, la couverture et le résumé (ou le feuilletage rapide) d’un livre sont pour moi des parties essentielles et critiques dans mon processus décisionnel en matière de lecture. Et j’avoue sans aucun problème me fier aveuglément à mes avis « à l’emporte-pièce » dans le choix du rejet d’un livre. La couverture est moche? Le titre n’entre pas dans mes standards? Le résumé me fait douter? Je n’hésite pas une seconde et ça rentre dans la liste des livres que je n’ai pas envie de voir chez moi 2.
Il est évident que je ne laisse pas mon jugement à ce sujet s’ériger en morale universelle et que ce n’est pas parce que j’estime tel livre persona non grata chez moi que je le voue ipso facto au bûcher. On comprendra cependant que je n’apprécie pas particulièrement qu’on refile à mes enfants par la bande des choses que j’estime inutile (voire contre-productif) qu’ils vissent.

Pour sortir de la polémique et des gens à poil, je vais prendre un exemple plus scatologique. Ce livre ne foutra jamais les pieds chez moi. Simplement à cause du titre. J’ai beau jurer comme un charretier, j’essaie de me modérer en présence de mes enfants, et j’aimerais bien qu’ils ne prennent pas le mauvais pli de leur père (bon, ça remonte plus loin, mais j’ai peur des représailles si je raconte l’anecdote de mon petit frère – et d’un de ses copains – qui pensait que « bordel » était synonyme de « mal rangé »…). Je n’ai pas grand-chose contre l’auteur (nous avons d’ailleurs son parfaitement anti-éducatif « Je veux manger des pâtes » à la maison), mais je ne peux pas cautionner « caca boudin » chez moi.
Je ne compte plus non plus le nombre de bande dessinées que j’ai ouvertes puis refermées, juste parce que je n’aimais pas le style de dessin. Je suis sûrement passé à côté de pépites (par exemple Quai d’Orsay, que je n’ai pas terminé à cause du dessin), mais j’assume mes choix…
Et, dans un tout autre style, comme je n’envisage pas d’avoir un enfer chez moi (mis à part celui lié à la hauteur du public: tu ne peux pas atteindre, ce n’est pas de ton âge – ouais, c’est sadique 3), même le moins polisson des SAS (si tant est qu’il en existe un) restera à la porte pour cause de délit de couverture… à moins qu’il ne rentre par la fenêtre de la liseuse.

Ah ben finalement on y revient, en fait.

Et pour tenter de finir sur une note légère, une citation d’enfant d’amis d’amis (bref, une phrase de troisième main):

A la maison, on peut regarder que des films pornos

Parce que les films pas por nos, on n’a pas le droit

Notes:

  1. oui, d’après ses auteurs, le livre est à but humoristique.
  2. cela ne veut pas dire que je fais rentrer chez moi n’importe quel livre dont la couverture me plait. Mais ça sert de premier filtre
  3. on sera peut-être amenés à y venir, au moins pour les DVD. Je n’ai pas trop envie que mes enfants regardent Une Nuit En Enfer trop tôt…

2 pensées sur “On ne juge pas un livre à sa couverture… mais ça aide pas mal”

  1. Pour préciser : dans mes souvenirs, on parlait plus largement de toute la liste de livres déclarés scandaleux par le salon beige. Je n’ai pas lu « Tous à poil », par contre j’ai lu « La nouvelle robe de Bill », d’Anne Fine. Je suis quasi certaine que ceux qui crient à l’anathème sur ce livre en particulier ne l’ont pas lu, parce que la liste est décrite comme une liste d’albums, or « La nouvelle robe de Bill » est un roman pour jeunes lecteurs, ce n’est pas pareil du tout.
    L’histoire est assez drôle à lire : un garçon se réveille un matin dans un corps de fille, sans que personne à part lui sache que la veille encore il était un garçon. Il se rend compte que les robes ne sont pas pratiques, etc… Il ne s’agit pas de devenir une fille pour de bon, mais de « se mettre dans la peau » de quelqu’un d’autre, juste pour une journée, pour se rendre compte de ce que cette personne vit.
    Moi non plus je ne suis pas fan des dessins de « Tous à poil », enfin ce que j’en ai vu, mais ça ne me choque pas d’exposer mes enfants à plein de choses différentes en terme graphiques, pour qu’ils puissent se forger leurs propres goûts.
    Quant au coté « caca boudin prout, », bien que personnellement ça ne m’enthousiasme pas, je n’empêche pas mes enfants d’accéder à des choses qui fonctionnent sur cet humour un peu scato, je pense que ça peut faire partie de leur développement sans devenir une partie profonde de leur personnalité.
    Sur le sujet plus large de « juger un livre par sa couverture », je continue de penser que c’est dommage. J’ai lu plein d’excellents romans de SF dont la couverture était tout bonnement hideuse, j’ai aussi lu de bons romans dont la couverture hurlait pourtant « truc à l’eau de rose ».
    Je n’envisage pas non plus d’avoir un enfer à proprement parler, par contre j’estime, et c’est en fait la meilleure réponse à toute cette polémique, qu’on n’est pas forcé d’être d’accord avec tout ce qu’on lit, ou ce qu’on lit avec son enfant. On n’éteint pas son sens critique, on ne fait pas passer tout ce qu’on lit dans son cerveau sans filtre. Donc on peut, peut-être même on doit, éduquer son enfant à réfléchir de cette manière là. Pour prendre un exemple moins polémique : Doc Maman remarquait dans ce billet que la maman de Piloui le conduisait chez le médecin pour un simple rhume. Mauvais réflexe, le toubib ne pourra rien y faire, on perd le temps de tout le monde ! Mais à mon avis ce n’est pas une raison pour censurer ce machin chez elle. Il suffit de le lire et de demander à l’enfant : « et alors, tu crois qu’elle a eu raison, la maman de Piloui ? » On en parle avec lui, quoi, on l’aide à se forger un sens critique. Comme ça, une fois plus grand, il ne croira pas la première connerie lue sur Internet. 😉

  2. (Le dernier paragraphe ne porte évidemment pas sur les choses qu’on peut juger « choquantes », je ne vais pas mettre mes petits devant des films de zombie en leur expliquant les trucages, ils n’ont pas le recul nécessaire pour ça.)

Les commentaires sont fermés.