Bricolons une borne d’arcade

Il y a quelques mois, j’avais mis la main sur un Raspberry Pi 1, et j’avais essayé (avec succès) d’installer dessus un émulateur de vieilles consoles et bornes d’arcade. Une chose en entrainant une autre, je m’étais ensuite mis à baver sur les gens qui retapaient ou même fabriquaient des bornes d’arcade, avant de me dire « pourquoi ne pas tenter le coup? »

Là, c’est le moment où les gens qui connaissent ma légendaire aptitude au bricolage commencent à pouffer sérieusement. Mais comme le dit Raymond Queneau en exergue de ce blog: c’est en écrivant qu’on devient écriveron, et par extension c’est en bricolant qu’on devient bricolon, et comme je commence à être un peu équipé en matériel à peu près correct par la force des choses et les ventes flash d’une grande chaine de magasins allemands 2 et que j’avais une semaine de vacances à la maison, j’ai dit « banco ».

Matériel utilisé:
  • un Raspberry Pi, la carte SD et l’alimentation qui vont bien
  • un écran LCD (un 17″ de récupération), le câble VGA et l’adaptateur VGA-HDMI qui vont bien 3
  • deux kits pour construire un stick arcade complets (boutons, joystick, et carte USB) u bois de différentes épaisseurs. Pour ma part, j’ai tapé dans les stocks: de la planche de 18mm d’épaisseur en 60 de large pour les côtés, des tasseaux carrés et rectangulaires, un vieux plateau de table à langer pour fixer les sticks et du contreplaqué de 3mm pour les façades
  • des petites pointes
  • des vis à bois
  • de la pâte à bois
Outillage:
  • une scie circulaire
  • une scie sauteuse
  • une perceuse avec des mèches de 24 et de 30 (pour les trous des boutons et des joysticks)
  • une visseuse avec des mèches adaptées et une fraise (pour ne pas que les têtes de vis dépassent). J’utilise également une petite mèche pour faire un préperçage avant de visser ma vis (ce qui limite l’éclatement du bois au vissage)
  • une ponceuse
  • un Dremel (parce que je n’ai pas défonceuse et pour le ponçage de certaines petites zones)

Et c’est parti!

Etape 1: le design

Si vous cherchez sur les Internets, vous trouverez une demi-trouzaine de designs différents pour des bornes qui vont du micro-machin pour écran de tablette 7″ à la réplique de borne d’époque (écran CRT Flatron inclus) d’1m80 de haut. Autant vous dire que le dernier modèle n’est pas WAF du tout…

Après avoir sérieusement étudié la question, je me suis arrêté sur une borne « bartop » (qu’on pose sur une table, quoi), et j’ai décidé d’avoir la partie stick séparée. Pourquoi? D’une part pour le rangement: en deux parties, ça tiendra sur mes étagères, d’autre part pour pouvoir remplacer les sticks arcade par des manettes s’il me prend l’envie de lancer Mario Kart au lieu de Street Fighter. De plus, si j’avais voulu faire un « tout en un », vus la taille de mon écran et l’espace nécessaire pour pouvoir installer de façon confortable deux sticks arcade, le rendu aurait été assez moche et/ou m’aurait contraint à faire des découpes bizarres 4

Un autre point un peu chiant consiste à trouver le bon layout pour les boutons du stick. Là aussi, il y a des dizaines d’alignements plus ou moins complexes. J’ai pris celui de cette borne qui présente l’avantage d’être facilement adaptable à une largeur légèrement différente des 50cm de la borne initiale (mon plateau faisait 52 cm de large, je n’allais pas le recouper) et de ne pas nécessiter de mesures complexes: on imprime le modèle, on le fixe sur le plateau, on préperce les centres, et c’est marre…

Etape 2: on construit

Le monde étant bien fait, la hauteur de mon bartop étant de 60cm et ma planche étant de 60 cm, je n’ai eu qu’à couper la profondeur de ma machine (une vingtaine de cm), puis la forme en 7 typique des bornes d’arcades, quand bien même je n’ai pas de système de son en overhead (j’utilise le son intégré à l’écran). Pour que les deux formes soient exactement les mêmes, j’ai effectué la découpe en une fois, en collant les deux côtés l’un sur l’autre 5

Puis découpe d’une série de tasseaux en 40cm de long pour faire les traverses ainsi que la fixation de l’écran. Ecran qui a servi de gabarit pour le positionnement des tasseaux de fixation, de la fenêtre, bref que je n’ai pas arrêté de démonter et remonter de sa fixation.

Puis on aligne tout, on fraise et on visse les tasseaux en place. Et tout de suite, ça ressemble à quelque chose…

En dessous, c’est ma manette Mk I. Ah oui, j’ai aussi scié le pied de l’écran, évidemment

En parallèle, on attaque le plateau du stick. Comme expliqué plus haut, il suffit d’imprimer le calque, et de marquer l’emplacement des trous à percer

Simple comme bonjour

On s’attaque ensuite à la façade. Les mesures sont tout à la fois essentielles et super chiantes à prendre, d’autant plus que le contreplaqué a toujours tendance à gondoler un peu, bref, c’est très pénible. Au final, mieux vaut couper un peu trop large, et recouper finement, et essayer de faire des montages à blanc

Un montage à blanc, pour contrôler la découpe de l’écran

En théorie, il eût fallu que je misse une vitre entre l’écran et le contreplaqué, mais le fait est que les plexi proposés dans mon supermarché du bricolage n’avaient pas le niveau de transparence attendu (et que non, je ne mets pas une vitre en verre sur un truc qui est à portée d’un jet de cube d’enfant…).

Une fois les panneaux fixés (utiliser pour cela les petites pointes), vient l’étape du rebouchage des joints à la pâte à bois, puis du ponçage desdits joints.

Profitez de cette rare vue sans l’écran pour admirer les 4 trous du montage VESA de l’écran

(bon, la photo ci-dessus est trompeuse, la partie devant l’écran n’est pas encore fixée, mais on va attendre avant de la mettre, parce qu’on va sous-coucher grossièrement avant)

Bref, on peint un coup, on (ré)installe l’écran, la fin de la façade, re-pâte à bois, reponçage, installation du kit arcade, remplissage de l’arrière avec le Raspberry Pi, les câbles et tout, et démarrage pour tester tout ça…

L’observateur attentif aura vu le gros placeholder moche pour les boutons Start et Select en face avant. C’est que j’ai un peu mal compté mon contreplaqué, et qu’il m’en manque…

Etape 3: profit!

Franchement, la partie software est d’une simplicité crasse: les gars de Recalbox fournissent une solution « clé en main » pour monter une plateforme de retrogaming. Il ne vous reste plus qu’à trouver des homebrew sympas pour jouer 6, à les installer sur la machine (là encore, avec les dernières versions de Recalbox, c’est simple comme un glisser-déposer) et à vous la folle ambiance des bars après les cours de vos années lycée (celles où l’on avait encore le droit de fumer dans les bars, et que c’était comme ça que votre mère savait que vous étiez allé faire un baby-foot après les cours)…

Etape 4: Next steps

Oui, parce qu’il reste encore quelques petits trucs à faire:

La vue arrière de la borne, avec tout l’équipement
  • Fixer tous les éléments dans la borne (et acheter une autre multiprise, celle-ci est trop grosse et trop utile par ailleurs
  • Finir la peinture et la déco
  • installer des ports USB en façade de la borne (les trous sont prêts – on les voit sur la planche du fond -, il faut juste que les prises Neutrik soient commandées. En attendant, il faut passer les câbles par les trous pour rejoindre le Raspberry…)
  • Fermer la borne à l’arrière? Je ne sais pas. Elle est destinée à être collée contre un mur, et l’on doit pouvoir accéder à l’intérieur relativement facilement
  • Installer des enceintes? On verra si j’en trouve à pas cher, de dimensions convenables, et que j’ai le goût de les désosser pour les intégrer
Round 1, fight!

Notes:

  1. pour les deux du fond qui ne savent pas ce que c’est, c’est un micro-ordinateur qui tient dans une grosse boite d’alumettes
  2. NDLR: pour les gens qui bricolent peu – non, Welf, je ne parle pas de toi 😀 – gardez un oeil sur les ventes de matos de bricolage de chez Lidl. Vous avez du matériel de qualité très correcte pour le prix de l’entrée de gamme.
  3. oui, le Raspberry Pi ne propose qu’une sortie HDMI, et un adaptateur à 10 eurosous est moins cher qu’un écran à dix fois plus
  4. et déjà que les découpes droites, c’est pas facile, alors les angles à la con…
  5. oui, c’est des trucs qui vont sans dire, mais ça va mieux en le disant, parce que si je n’avais pas lu le truc quelque part sur Internet, je n’y aurais pas forcément pensé – oui, j’ai ce niveau d’absence de sens pratique
  6. vous n’alliez tout de même pas penser que j’allais vous suggérer de trouver des roms pirates des jeux de votre enfance qui pourrissent dans le grenier de vos parents…