Stupides hobbits joufflus

Parce qu’il est temps de rétablir une vérité historique et parce qu’il n’est plus possible de se taire, après de trop longues années à entendre prêchée partout une parole fausse: non, les hobbits ne sont pas les mignons petits personnages que tout le monde croit!Pour le commun des mortels, la connaissance des hobbits se résume à deux exemples majeurs (et trois mineurs 1): l’oncle et le neveu Baggins/Saquet/Bessac (selon que vous lisez les vieilles ou les nouvelles traductions du Hobbit et du Seigneur Des Anneaux) Bilbo et Frodo (et ses sidekicks comiques: Sam, Merry et Pippin).   De gentils petits anti-héros casaniers qui vont être poussés à l’aventure par un vieux magicien gris, découvrir le monde (et accessoirement le sauver), le tout sans jamais perdre une certaine dose de candeur enfantine.

Ce portrait vous parait agréable et à même d’attirer la sympathie du lectorat et vous n’avez pas forcément tort 2. Mais ce n’est pas le portrait du hobbit standard!

Quand on relit attentivement l’œuvre de Tolkien, on se rend compte que ceux qu’il place au centre de ses aventures ne sont pas (ou arrêtent d’être) des hobbits respectables. Ils sont regardés de travers, et ont des comportements considérés comme inconvenants par leurs pairs.

Alors qu’est-ce qu’un hobbit moyen?

Un hobbit moyen, c’est une personne casanière (peu d’entre eux sont allés plus loin que les limites de leur Quartier), raciste et xénophobe (il suffit de lire les critiques faites sur les nains, les magiciens et même simplement les hobbits « pas de chez eux » pour s’en convaincre), gloutonne (même si c’est tourné de façon comique, l’obsession de Merry et Pippin pour la nourriture est flippante), médisante (les rumeurs et commérages évoqués plus haut), pique-assiette (la pique de Bilbo sur les gens qui viendraient s’incruster à son anniversaire sans être invités ou l’épisode des cuillers en argent sont deux exemples assez significatifs), avec une certaine tendance à la radinerie (le mathom, ce cadeau inutile qu’on se refile d’invitation en invitation, pourrait en être le symbole) et exclusivement intéressé par son nombril 3 (sur ce dernier point, je suis peut-être un peu plus influencé par le film que par le livre, mais je trouve que la scène du retour dans la Comté est déprimante: les mecs ont rien fait de moins que SAUVER LE MONDE, et les autres sont là en mode « ouais, et après »? Le contraste avec la scène de Minas Tirith où tous les peuples de la Terre du Milieu s’inclinent devant eux m’a vraiment frappé… Et dans le bouquin, les hobbits sont plus reconnaissants d’avoir été sauvés du joug de Sharkû que de ce que le monde ait été sauvé).

Bref, un hobbit, c’est un connard de petit-bourgeois de province qui n’a jamais quitté son trou, comme on peut encore en rencontrer de nos jours dans certaines de nos régions… Et c’est en fait assez raccord avec l’objectif de Tolkien, pour qui la Comté était en quelque sorte une image de cette campagne anglaise que l’industrialisation et la modernité étaient en train de faire disparaitre…

Et comme je suis gentil, je vous épargne Leonard Nimoy chantant la gloire de Bilbo Baggins en vous mettant de la vraie bonne musique, qui illustre assez bien ce que donnerait un hobbit de nos jours…

Notes:

  1. Et non, ils ne creusent pas de galeries!
  2. à titre personnel, ce genre de personne a plus tendance à m’énerver qu’autre chose, au point que, dans mes relectures du SdA, à partir de la rupture de la Communauté, je ne lisais plus que les livres centrés sur Aragorn
  3. Il est quand même à noter que ce narcissisme et ce désintérêt pour le reste du monde – et donc un certain manque d’ambition subséquent – sont une raison qui peut expliquer leur capacité de résistance à l’Anneau Unique, lequel se nourrit de désirs et de pouvoir. Quand vos buts dans la vie sont 1/ manger et 2/ Rosie Chaumine, forcément, il y a moins de points sensibles….

3 réflexions sur « Stupides hobbits joufflus »

  1. QED.
    Je suis très d’accord, en particulier en ce qui concerne le retour des « héros » à la Comté après avoir sauvé le monde.
    Mais quant à la fin de ton article, je me demande… du coup, Sam serait censé être plus sensible à l’anneau que Frodo, qui a la sexualité d’une huître morte ?

    1. Tiens, bienvenue par ici, toi!
      Et sur la sensibilité à l’Anneau de Sam vs Frodon, tu sembles oublier que Frodon a une mission « plus grande que lui » (détruire l’anneau et accessoirement sauver le monde), sur laquelle l’Anneau peut influer là où Sam ne désire en fait rien qu’il n’aie déjà (son coin de jardin, son trou et Rosie – il apparaît que son cœur lui est acquis dès le début de l’histoire). Et il est inconscient des tenants et des aboutissants du schéma général à un tel point que, en plein Mordor, il va plutôt aller libérer Frodon au milieu d’une forteresse ennemie que de continuer pour aller essayer de détruire l’anneau.

      1. Merci de m’avoir éclairée sur ce point qui me laissait perplexe. Donc détruire l’anneau serait un genre de « désir » finalement.
        (Et oui, coucou, je viens de découvrir l’adresse, je suis un peu lente…)

Les commentaires sont fermés.