Le sport à la télé 

Ça y est, c’est (vraiment) parti, nous allons enquiller presque deux mois de sport en continu (et quasiment trois si nous incluons le début du mois de juin, occupé par Roland-Garros). Et il ne serait pas inintéressant de se poser la question de la motivation pour les gens d’aller regarder du sport à la télé 1

En soi, regarder des gens faire du sport n’a aucun intérêt. Tout au plus la vision de personnes courant et sautant peut-elle induire une fatigue chez les plus empathiques d’entre nous, mais guère plus. Si le sport à la télé exerce une telle fascination, c’est qu’il attire trois types de public: le technicien, le supporter et le spectateur.

Le technicien, c’est celui qui connaît (ou croit connaître) le sport, éventuellement qui le pratique (ou l’a paraît qu’en), et qui va regarder le jeu sous un œil critique, jugeant la qualité des gestes, des tactiques… C’est le type qui aurait fait jouer Machin, qui vitupère parce qu’il y avait un 3 contre 1 à jouer et qui voit bien que la balle était bonne. Étonnamment, on l’entend assez peu dans les matchs de cricket ou de curling…

Le supporter, c’est celui qui prend fait et cause pour une équipe. Regarder le match lui permet de suivre au plus près l’évolution du jeu, mais il pourrait se contenter d’un commentaire radiophonique (voire d’un transcript sur internet, ou de suivre le score à intervalles reguliers 2. Pour le supporter, seule la victoire est belle (ou éventuellement une courte défaite si l’écart  de niveau  avec l’adversaire est important et qu’il avait été pronostiqué une raclée).

Le spectateur, enfin, est là pour voir un spectacle. C’est à dire des actions d’éclat, des personnages hauts en couleur, un suspense. Quelque part, peu importe le score pour peu qu’il y ait de grandes envolées, des gestes improbables. Ou alors que le score serré soit le cœur même de la tension du spectacle, que ce soit un but de la victoire au bout des arrêts de jeu ou un dernier set qui s’éternise parce qu’aucun ne veut lâcher . Ou encore l’exotisme d’un sport étrange, celui qui nous pousse à regarder le curling, le football gaélique ou le billard de competition 3

Étonnamment, le sport vedette de la télévision est l’un des sports les moins spectaculaires à regarder. Il est long, assez peu lisible, les actions impressionnantes y sont rares, la rareté des buts rend la pression du score limitée jusqu’aux dix dernières minutes à peu près. Bref, le foot est une purge.

Ce qui le fait marcher autant, ce sont les deux autres volets: tout le monde a déjà tapé dans un ballon (ou à défaut une vieille boîte de conserve), donc tout le monde est un expert sur comment la pousser au fond des buts. Et il y a une très forte pression sociale pour soutenir « son » club (ou « son » pays), pas tant en France, à l’exception de quelques foyers célèbres (Marseille, Saint-Etienne) , que dans d’autres pays (j’ai encore un souvenir très vif de mon arrivée en Angleterre , où l’on m’a très vite expliqué qu’on était sur une terre acquise à Arsenal et qu’il était mal vu de soutenir autre chose 4.

C’est d’ailleurs la seule façon que j’ai trouvée de supporter cette période: je choisis une équipe (de préférence improbable) à soutenir. Ça me permet de garder le niveau à la machine à café…

Notes:

  1. les mécaniques qui poussent à aller au stade sont légèrement différentes, et nous ne les évoquerons pas ici
  2. méthode souvent appliquée dans les bureaux par les fans de tennis au moment des tournois du grand chelem
  3. le but à ce moment-là étant de comprendre les règles et les raisons de l’enthousiasme du public
  4. et une amie au même endroit l’année suivante a vécu un stage pourri parce que la France avait battu l’Angleterre pendant l’Euro