Lucifer: Satan l’habite

Grâce à des amis états-uniens, j’ai pu profiter de la première saison d’une série dont le pitch me plaisait bien: Lucifer.

L’idée, c’est que le diable, fatigué de diriger les enfers, est allé prendre quelques vacances sur Terre, et à Los Angeles pour être plus précis.

Et pour avoir mon avis détaillé, émaillé de quelques spoilers (parce que bon, c’est un peu imparable, quand on veut dire plus que « c’est bien sympa »), passez à la suite

Lucifer Morningstar, donc, patron de la boite de nuit le Lux, se retrouve par un concours de circonstances amené à faire plus ou moins équipe avec une détective du LAPD sur des enquêtes, sur fond d’un ange qui veut le renvoyer au boulot et de quelques squelettes dans les placards de la policière et de son policier d’ex-mari.

Soyons francs, les enquêtes sont de bons gros prétextes pour permettre à Lucifer de cabotiner, de balancer des atrocités avec l’accent anglais le plus parfait et de caler quelques punchlines, mais le fait est que ça marche globalement et qu’on s’attache à cette espèce de connard en Prada 1 et au sourire ultra-brite, malgré quelques faiblesses dans la construction du mythe.

Déjà, le Lucifer de Lucifer n’est pas le Lucifer judéo-chrétien, l’ange déchu qui a défié Dieu par orgueil, et ça fait un peu bizarre quand on le découvre. Son modèle est un mélange de l’image qu’on se fait de Satan dans sa dimension de gardien de l’enfer et d’un Samaël « pré-chute » qui serait missionné par Dieu pour punir les méchants. De fait, sa relation avec Dieu est plus de l’ordre de la rancoeur vis-à-vis de la mission qu’Il lui a confié, et sa relation avec Amenadiel (l’ange chargé de le faire retourner en enfer) plus de l’ordre de la chamaillerie entre frères que du combat eschatologique.

Amenadiel, justement, est à mon sens le maillon faible de la chaine. Colérique, violent, manipulateur et même corruptible dans une certaine mesure, il n’a rien des caractéristiques « classiques » de l’ange, ce qui est fort dommage 2. L’opposition entre un Lucifer luciférien et un ange paladinesque aurait à mon avis eu beaucoup plus d’impact (et de potentiel situationnel) que ce qui vire parfois à l’affrontement entre deux gros bills prêts à tout.

A côté de ça, on a quand même tout un tas de bonnes idées, comme l’explosion en vol de tous les clichés sur le diable, quelques remarques pas déconnantes sur la question du mal et du péché, et un bon échantillon de ce que le rock peut proposer comme chansons avec le diable comme protagoniste.

Ajoutez à cela un rythme assez enlevé, des acteurs qui jouent assez juste (comprenez: Lucifer cabotine comme pas deux, mais c’est parfaitement son rôle, et les autres font globalement le job) et tout un tas de petites situations qui prêtent à sourire (voire à s’esclaffer), et l’on se retrouve avec une bonne petite série à regarder avec un seau de pop-corn, et surtout sans voir de portée satanique à la petite semaine à une série qui prend le personnage franchement à la rigolade 3.

Ah oui, et les quelques secondes que l’on voit de l’enfer sont assez originales pour être notées.

Notes:

  1. que croyez-vous que le diable vêtit?
  2. c’est d’ailleurs assez courant chez Gaiman – le scénariste du comic sur lequel est basé la série, et donc le « papa » des personnages – d’avoir des personnages d’anges tout sauf angéliques
  3. Contrairement, par exemple, à Damien, qui, en plus de se prendre complètement au sérieux, est une vraie purge à regarder, avec un antéchrist charismatique comme un bulot mort et des situations clownesques tellement elles sont trop dark – ndlr: je n’ai pas dépassé le pilote tellement c’était merdique