50 nuances de blanc

Micro-polémique du matin sur Twitter au sujet de l’appauvrissement de la langue, de son impact sur la réflexion 1, et réapparition d’une comparaison qui m’énerve un peu, celle des inuits et de la neige.

Pour les gens qui ne la connaissent pas, il s’agit de ressortir l’idée que les inuits auraient 30 mots différents pour parler de la neige là où nous n’en avons qu’un (deux si l’on considère le terme « poudreuse » cher aux skieurs).

Il semble que ce soit en fait faux, mais là n’est pas trop la question: on trouve tout un tas d’exemples de vocabulaire ultra-détaillé pour un concept générique dans le langage commun, et même au sein de notre propre langue: il n’y a qu’à demander à un chasseur le nombre de termes différents pour qualifier un chevreuil ou à feuilleter un livre de cuisine.

Le problème se situe pour moi à deux niveaux:

  • le premier, c’est que ces exemples concernent tous des termes concrets, correspondent à une catégorisation fine nécessaire à la population concernée, mais superflue pour le reste, qui peut parfaitement se satisfaire d’un nom générique. Pour prendre l’exemple de la neige, nous, européens assez peu impactés, n’avons pas un besoin crucial de connaitre de façon précise sa consistance ou sa solidité (le pire des risques, pour nous, étant de nous enfoncer jusqu’au genou et/ou de glisser), là où l’inuit risque sa vie en fonction de ces caractéristiques.
  • La deuxième, c’est que l’absence de terme n’empêche pas l’idée d’exister. Toujours dans l’idée de la neige et des inuits, on peut construire, par une périphrase, le même concept qu’il évoquerait en un mot, par exemple « épaisse couche de neige molle légèrement verglacée en surface ». Je suis d’ailleurs certains que nos voisins d’outre-Rhin, avec leur goût pour les mots bricolés, seraient capables d’en construire un…

Le problème majeur de l’appauvrissement de la pensée n’est pas le langage, c’est plutôt la faiblesse de l’articulation et la disparition de la nuance dans le discours. Mais la nuance, elle, ne disparait pas, et c’est elle qu’il faut rechercher, encore et toujours…

Notes:

  1. je vous épargne le point 1984 sur le sujet

1 pensée sur “50 nuances de blanc”

  1. Ma foi, ça ne sera pas un commentaire des plus renversants mais je voulais quand même dire que j’approuve fortement ce que tu dis. L’important n’est pas d’avoir 50 mots pour décrire la neige, mais d’avoir 50 périphrases riches d’adjectifs et d’adverbes pour le dire.

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