Sincérité, dynamitage et vocation

J’avais initialement prévu de ne pas parler de l’histoire de ce prêtre polonais qui a récemment annoncé son homosexualité et sa relation avec un autre homme, parce que j’avais le sentiment qu’il s’agissait d’un coup médiatique, et que je n’aime pas les coups médiatiques. Et puis Darth Manu 1 a blogué sur le sujet avec tout un tas de trucs que je n’ai pas forcément lu d’un oeil parfaitement attentif (c’était ce matin dans les transports et je n’étais pas encore parfaitement réveillé), mais qui m’a motivé pour réagir

En effet, il est d’accord avec la prise de parole publique, là où je ne le suis pas, pour plusieurs raisons:

  • la première, c’est le côté « spectacle » (le même que « ceux qui se donnent en spectacle » chez Matthieu) de quelqu’un qui, fondamentalement, vient de se rendre compte qu’il s’est trompé de voie (parce que bon, il ne fait pas seulement son coming out, il défroque par la même occasion. Ce qui brouille terriblement le message, de mon point de vue.). Et dans ces cas-là, j’ai plutôt tendance à ne pas m’en gargariser.
  • la seconde, c’est la finalité de cette intervention. En lisant les bouts d’interview, j’ai eu le sentiment qu’il réglait des comptes avec l’Eglise, comme le pipole moyen avec une ex célèbre (cf. ses propos sur l’homophobie, ou la « situation intenable » du célibat consacré).

De tout ça, j’ai plutôt eu la sensation d’un gâchis, semeur de division (et je m’étonne de n’avoir pas plus entendu de voix affirmer péremptoirement que c’est bien la preuve qu’il y a un lobby gay au Vatican 2), plutôt que d’une intervention destinée à faire avancer le débat sur la question de la vision de l’homosexualité dans l’Eglise.

De plus, je ne crois pas à la vertu de l’affrontement pour avancer. Les outings de certaines associations ou les actions coup-de-poing n’ont fait « avancer » la cause qu’au prix de dommages collatéraux importants, et surtout, en stigmatisant, et par là radicalisant les opposants (il n’y a qu’à voir le vent en poupe qu’a le concept de « lobby LGBT », et qui est à mon sens symptomatique d’un hiatus profond sur le sujet, malgré les postures officielles). Et ce n’est pas, ce ne doit pas être le mode de fonctionnement de l’Eglise. Son rôle est que tout le monde avance, pas de jeter des pavasses sur ceux qui ne se conforment pas à ses édits…

Mais comme à toute chose le malheur est bon, cette affaire a tout de même le mérite de nous faire réfléchir à la question de la vocation et des limites des options proposées par l’Eglise: en gros, le mariage ou la vie consacrée (option prêtrise pour les hommes). Or tout chrétien est-il appelé à être soit parent soit religieux? Je ne le pense pas, et il apparait que ce manque d’alternative pousse certains qui, pour des raisons évidentes ne se sentent pas appelés à la paternité vers le sacerdoce comme un pis-aller (ou pire, une porte de sortie pour échapper à une pression familiale/sociale) 3. Et si l’un des plus grands défis était celui du discernement?

Notes:

  1. oui, encore lui 😀
  2. il faut aussi dire que j’ai arrêté de lire – et les gens que je fréquente ont globalement arrêté de relayer – certaine frange de la presse en ligne « catholique »
  3. féminisez à titre d’exercice. Attention, il y a un piège!

2 réflexions sur « Sincérité, dynamitage et vocation »

  1. Sauf que, à mon humble avis :

    – On ne sait pas si dans le cas de Charamsa le sacerdoce était un pis-aller. Le fait qu’il soit devenu théologien et qu’il ait franchi les échelons pour faire partie de la Congrégation pour la doctrine de la foi pourrait faire penser qu’il avait vraiment une vocation. Bref, rien ne laisse penser qu’il se soit trompé de voie (sauf le fait qu’il soit tombé amoureux, mais cela ne veut pas dire que la vocation était inexistante car si quelque chose ne se programme pas, c’est bien l’amour).
    – Il est clair qu’il réglait ses comptes, peut-être pas à l’Eglise, mais à une certaine atmosphère étouffante au Vatican et à des ennemis en Pologne.
    – Je pense qu’une bonne gueulante est parfois salutaire et qu’il a fait ce coup médiatique non pas en pensant à lui mais aux autres.

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