Confession, avortement et intégristes

Dans son message introductif à l’année jubilaire de la miséricorde, le pape François a fait deux annonces, inattendues et mal comprises par la presse (comme d’habitude, allez-vous me dire, quand il s’agit d’une déclaration pontificale) :

  • L’autorisation, pendant cette année, pour tous les prêtres d’accorder l’absolution pour les personnes ayant avorté ou contribué à un avortement
  • La validité du sacrement pour les prêtres de la fraternité Saint Pie X 1

Le cas de l’avortement peut surprendre les personnes qui ne sont pas au fait du fonctionnement des sacrements. Pour faire simple (et donc, dans une large mesure pas juste dans le détail), un sacrement n’est pas un truc « donné par un prêtre », mais une manifestation de la grâce de Dieu, et peut être donné par différentes personnes. Par exemple, le mariage est un sacrement que se donnent les époux (le prêtre n’étant là que pour bénir cette union), et le baptême peut être administré en cas d’urgence par n’importe quel chrétien. A contrario, certains sacrements sont « réservés » à l’évêque, comme l’ordre (voire même par le collège des cardinaux, comme l’ordination épiscopale 2). Ou l’absolution : le pouvoir de pardon a été donné par le Christ aux apôtres, et passe donc aux évêques par la succession apostolique. Il n’est ensuite donné aux prêtres que par délégation, et pas de façon automatique. Si, de nos jours, la plupart des prêtres sont également confesseurs, il n’en a pas toujours été ainsi, et il n’était pas rare, au XIX° siècle, que les jeunes vicaires n’aient le droit d’entendre en confession que les vieilles douairières, afin de n’être pas troublés par les tourments de l’âme des jeunes filles en fleur…

Mais si, de nos jours tous les prêtres ou presque peuvent entendre en confession et surtout donner l’absolution, ils ne le peuvent pas pour tous les péchés. Certains, particulièrement graves, restent de la compétence exclusive de l’évêque. Et c’est le cas de l’avortement 3, qui vaut d’ailleurs une excommunication latae sententiae 4)

Le geste « d’ouverture » envers la FSSPX procède aussi de cette logique : la miséricorde divine ne s’embarrasse pas de nos petites compromissions humaines.

Pour faire simple (une fois de plus), la FSSPX s’est détachée de l’Eglise au moment ou Mgr Lefèbvre a ordonné, sans l’autorisation de Rome, des évêques. Lui, les évêques ordonnés par lui, ainsi que les prêtres ordonnés par eux sont donc dans l’illégalité vis-à-vis de l’Eglise. D’où des problèmes avec les sacrements. Comme l’a résumé le père Nadler sur Facebook :

La capacité d’absoudre les péchés, par le sacrement de la confession, repose sur deux pouvoirs :
1- le pouvoir d’absoudre (que tout prêtre reçoit par le sacrement de l’ordre)
2- le pouvoir de juridiction (que le prêtre reçoit de son évêque).

Puisque la confession est aussi un acte judiciaire (on parle du « tribunal de la pénitence » où le juge rend toujours un jugement de miséricorde), pour la VALIDITE de l’absolution, les deux pouvoirs sont requis : que le confesseur soit un prêtre ET qu’il ait reçu l’autorisation de confesser.
Les prêtres de la FSSPX sont vraiment prêtres : ils ont donc TOUS le pouvoir d’absoudre (1) ; mais ils sont TOUS dans une situation canonique illicite et n’ont, au regard de l’Eglise, aucune autorité légale : il leur manque donc le pouvoir de juridiction (2). Leurs absolutions sont INVALIDES.

Et donc des cas de conscience à certains fidèles, attachés à la FSSPX, mais également au salut de leur âme (parce que, schismatique mais pas hérétique, la FSSPX reconnait l’autorité pontificale et sait bien qu’elle est « en délicatesse » avec le droit canon, tout en justifiant sa position – et le fait que ses prêtres continuent d’administrer des sacrement – par des circonvolutions juridiques).

Et ce sont ces cas de conscience (ma confession m’a-t-elle bien réconcilié avec Dieu, et Son pardon m’a-t-il bien été donné par le prêtre auprès duquel je me suis confessé ?) que le pape a voulu lever…

Sinon, le pape a aussi reçu Mgr Gaillot hier. Ce qui est passé parfaitement inaperçu dans la presse, mais qui est également significatif de la volonté pontificale d’unité des catholiques…

Notes:

  1. que nous abrégerons avec le classique FSSPX dans la suite de l’article
  2. ou « sacre », le dernier degré du sacrement de l’ordre, en fait
  3. voir l’article que je n’ai toujours pas écrit sur le sujet pour comprendre pourquoi
  4. automatique, quoi[ /ref](on se rappellera du cas sordide qui avait eu lieu au Brésil il y a quelques années et qui avait suscité de hauts cris de la part de la presse).

    L’autorisation (temporaire) donnée par le pape bouscule donc un peu la « justice » de l’Eglise, mais elle ne remet pas en cause la gravité du péché (par ailleurs abondamment rappelée dans la lettre pontificale 5mais bon, allez demander à la presse de lire plus que les dépêches d’agence…

2 pensées sur “Confession, avortement et intégristes”

  1. Petite précision qui n’est pas inutile pour souligner que la miséricorde est dans l’ADN de l’Eglise: en cas de danger de mort, n’importe quel prêtre peut absoudre tous les péchés, y compris ceux relevant du pape. Bien sûr, lorsque le pénitent n’est plus en danger de mort, il doit le renvoyer à l’évêque ou au pape selon le péché confessé.

  2. Quelques remarques :
    – « Le mariage est un sacrement que se donnent les époux » selon la théologie occidentale. En Orient, c’est le prêtre qui donne le sacrement du mariage.
    – « Le baptême peut être administré en cas d’urgence par n’importe quel chrétien ». C’est bien plus large, même un non chrétien peut baptiser en cas d’urgence.
    – Le ministère des prêtre découle du ministère épiscopal. C’est ce que le concile Vatican II affirme.
    – « Certains, particulièrement graves, restent de la compétence exclusive de l’évêque. Et c’est le cas de l’avortement » A noter que dans mon diocèse, en à peu près partout dans les diocèses de France, les évêques autorisent leurs prêtres à absoudre le péché d’avortement.

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