Catholicisme et conséquences – pécheur, péché, paille, poutre et lapidation

La tempête dans un verre d’eau de ce début de semaine, dans mon coin de la twittosphère catho, vient de la traduction par l’excellent Baroque d’un billet anglais sur le thème de cette expression « Aimer le pécheur, détester le pécher ».

Si le billet dézingue à mon sens plutôt pas mal les utilisations abusives qui sont faites de cette expression 1, il me semble qu’il rate deux cibles: il ne donne pas vraiment d’alternative de comportement à cette « maxime », et il la dénigre trop, là où elle peut quand même fournir une base valable de réflexion.

Qui suis-je pour juger?

Ca n’est pas directement une phrase évangélique (quoique… et nous y reviendrons un peu plus bas), mais c’est à tout le moins pontifical, puisque la phrase est du pape François. Et elle résume plutôt bien l’attitude que je dois 2 avoir envers les autres, en faisant écho à l’épisode de la femme adultère, où Jésus met chacun des accusateurs en face de leur propre vie: « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » 3. Et tout le monde de se barrer, un peu merdeux quand même…

Le reste, c’est entre Lui et elle, c’est entre Dieu et le pécheur. Et moi, autre pécheur, je n’ai vraiment pas à m’immiscer.

Et s’il faut vraiment citer du Saint-Augustin pour se donner une ligne directrice dans ses relations humaines, je pense que la plus adéquate, c’est bien « Aime et fais ce que tu veux »…

Le combat intérieur

Par contre, là où cette phrase prend tout son sens, c’est dans mon combat contre mes péchés. Quand je suis seul face à moi-même, la tentation peut être grande de me détester pour mes faiblesses. Ce sont dans ces moments qu’il est essentiel de se souvenir que l’on n’est jamais réductible à nos fautes et qu’il faut continuer à lutter contre elles sans sombrer dans le dégoût de soi…

En mode public

C’est sur ce dernier point que je suis en désaccord avec l’auteur de l’article. Pour moi, « aimer le pécheur, détester le péché » est une bonne maxime d’action publique (remplacez « péché » par « crime » si la connotation morale de péché vous gène). La justice n’a jamais été antagoniste avec la compassion, et je suis systématiquement horrifié quand je lis ici ou là des appels à des châtiments divers et variés, mais généralement assez explicites, envers tel ou tel criminel, à  des rengorgements satisfaits à la mort de certains d’entre eux ou au lynchage plus ou moins virtuels d’autres une fois qu’ils sont sortis de prison.

Et, n’en déplaise à certains, je trouve que c’est un critère d’évaluation pas complètement déconnant dans l’analyse des lois. Il ne faut bien évidemment pas que ce soit le seul (déjà, la question du péché doit être posée, et il est bien évidemment assez peu utile pour les lois « positives » 4), mais ça reste un premier critère d’équilibre.

Tout ceci dit, je pense qu’il faut surtout ne pas perdre de vue que ces maximes, versets balancés à droite et à gauche et autre punchline n’ont d’intérêt principal que de démarrer notre réflexion. Une pensée qui s’arrête au bout de 140 caractères écrits par un autre, c’est quand même très peu…

Notes:

  1. allez lire le billet, je ne vous fais pas de résumé
  2. devrais
  3. là, normalement, je cale la blague ou un gros parpaing traverse la scène, Jésus se retourne et dit: « Maman, toi, c’est pas du jeu! », mais on va essayer d’être sérieux deux secondes
  4. encore que… j’aurais bien un ou deux exemples sous le coude, mais ça nécessite trop d’explications pour une note de bas de page