Crèche

Cela a toujours été la chasse gardée de mes parents. C’était aussi l’occasion de la balade dominicale à laquelle nous renâclions le moins, malgré l’humidité et le froid qui commencent à gagner les combes des contreforts de la chaine des Puys à partir du début du mois d’octobre (oui, contrairement à Vialatte, j’admets qu’il existe une courte période transitoire en Auvergne entre l’hiver et le 15 août). Il fallait en effet aller chercher la précieuse mousse, qui allait servir de base pour le décor.

Au retour, par contre, c’était l’exil dans les chambres et le début des grandes manœuvres. Je ne sais pas trop ce qui pouvait se passer dans le salon pendant cette fin d’après-midi (et souvent cette soirée), mais cela se terminait toujours avec la disparition d’une part non négligeable de la bibliothèque et la neutralisation d’une partie du reste pour environ deux mois.
Au fil des années, la technique s’est affinée et le matériel diversifié, entre les cailloux d’un intérêt géologique incertain que nous avions ramené d’une excursion péri-scolaire, les bonsaï achetés d’occasion (et dont la durée de vie n’a pas excédé celle de la plupart des plantes de la famille 1, mais qui, même morts, sont très décoratifs), des cours d’eau en chutes de papier-cadeau bleu irisé rehaussés d’une écume de film alimentaire, ces maisons de terre cuite ramenées d’Allemagne par ma sœur (et dont l’utilité première de certaines est d’être un brûle-parfum) ou cette improbable tente berbère miniature dénichée dans un boui-boui et qui fait un magnifique campement pour la cohorte de chameaux et autres éléphants.

Et puis il y a les santons. Autour d’un petit Jésus en plastique (acheté de toute urgence le premier 24 décembre, mes parents s’étant rendu compte qu’ils avaient égaré celui qu’ils avaient acheté avec leurs premiers santons…), s’étend chaque année la foule immense que nous avons arrêté de dénombrer de petits personnages en terre cuite, du chasseur au bougnat, du maire à l’arlésienne, du ravi à la bistrotière… Chaque année, le jeu était d’essayer de trouver le nouveau venu parmi la cohorte toujours grandissante des santons (depuis quelques années, je triche. En plus, ça fait un cadeau de Noël tout trouvé…).

Maintenant, c’est mon tour. La crèche de mes parents est toujours là, et chaque année plus grande (cette année, elle entoure littéralement le salon), et l’arrivée des photos dans nos boites mails est toujours un petit événement (et nous piaffons tous d’impatience à l’idée d’aller la voir en vrai). Mais ça y est, c’est à nous d’emmener les enfants chercher la mousse, de piller la bibliothèque, et d’installer notre crèche à nous…

Notes:

  1. à la notable exception d’un increvable yucca – dont je reste persuadé qu’il survit par la seule force de sa haine envers moi – et des plants de tomate que nous plantons dans la jardinière et qui, inexplicablement, survivent à une exposition nord-ouest, un arrosage fluctuant et même à la pluie et aux premières gelées)