Le meilleur des mondes de Marcela Iacub

Ce week-end, Marcela Iacub, dans une chronique pour Libération appelle (assez pompeusement) les jeunes à « Apprendre à séparer le sexe de l’amour » , avec force arguments… qui me font un peu flipper.

Premier paragraphe, et première pique envers les jeunes qui seraient timorés:

Et ils ne sont que 6% à prendre le risque d’envoyer leurs photos et leurs vidéos «coquines». Bref, contrairement à l’image de délurés qu’ils ont auprès des adultes, les ados seraient, selon cette enquête, des sujets sexuels des plus convenables.

Cette chère Marcela semble oublier (ou compter pour peu) qu’il y a moins d’un an, une affaire assez importante de piratage de photos osées de célébrités éclataient, et que même le plus déluré des joyeux lurons réfléchirait à deux fois avant de prendre le risque de se retrouver en page d’accueil de AmateurTeenPorn.xxx…

Le deuxième paragraphe est lui aussi un monument:

Or, loin de nous rassurer, ces résultats devraient nous inquiéter au plus haut point. En effet, on y découvre que les vieux ont réussi une fois de plus à convaincre les jeunes qu’il fallait vivre le sexe et l’amour de la même manière qu’eux.

Là, en bonne peau de vache que je peux être, je lui ferai remarquer que la vieille, c’est elle (née en 1964, c’est carrément une ancêtre pour les sujets de l’enquête – les 15-18 ans). Et que ce que j’ai pu entendre du discours dominant sur le sexe (et sa pratique) parle fort peu d’amour et beaucoup de désir. Autant pour les « vieux qui convainquent les jeunes »…

Partant de là, c’est parti pour un feu d’artifice: il s’agirait de  » séparer le sexe de l’amour », afin d’être « comblés physiquement », et d’être « mieux préparés pour fonder des unions durables ».

Mieux encore, cette baise à tout va serait la solution à tous les problèmes sociaux:

On aurait beaucoup moins de jeunes violents, et donc moins de criminalité, car une vie sexuelle épanouie et multiforme canaliserait leur impulsivité.

Et de toutes façons:

Personne ne vivrait en couple avant 40 ans. Avant cet âge, les gens auraient trop d’énergie sexuelle pour vivre en couple.

(et je vous passe le couplet sur les pauvres vieux complexés qui n’arrivent pas à tenir la distance avec des compagnes plus jeunes, et qui « auraient tout intérêt à chercher des compagnes vieilles et usées comme eux ». Etant encore un jeune de moins de 40 ans, donc débordant d’énergie sexuelle, je ne sais pas de quoi elle parle 1)

Partant de là, impossible pour moi de ne pas penser au Meilleur des Mondes, et en particulier à la scène de prière-partouze ritualisée sous GHB 2 où l’on copule parce que c’est censé défouler.

Les limitations techniques du démarrage de la procréation à 40 ans ayant été déjà relevées à plusieurs reprises dans des papiers lus ici ou là, je ne m’étalerai pas plus avant.

Et de me sentir mal à l’aise, voire triste pour cette pauvre Marcela de ne penser la sexualité que sous son aspect mécanique 3.

Pour moi, il est évident que le sexe, c’est d’abord et avant tout dans la tête, et que sa réduction à des performances purement physiques entre pour moi de plain pied dans la « culture du viol » 4. Et que le climax n’a que peu d’intérêt s’il n’est pas serti dans un ensemble relationnel plus large et plus profond, dans cette complicité intime que deux amants construisent l’un pour l’autre.

Et pour résumer, et que tout (ou presque) finit en musique par ici, voila la façon dont j’imagine la vie sexuelle selon Iacub:

Extrait de la bande-son du film Chobizenesse. Coïoncidence? Je ne pense pas…

 

Notes:

  1. pun intended
  2. le soma du bouquin, c’est quand même pas mal ça
  3. il semblerait que ce soit un gimmick de l’auteur
  4. un pseudo-argument lu sur le sujet reste quand même « elle a joui, alors c’était pas un viol »