Lapin dixit

Ce qu’il y a de bien avec le nouveau pape, c’est qu’il a un sens de la punchline. Sa dernière en date, qui est en train d’être abondamment reprise (et déformée, comme d’habitude, par une presse inculte) est la suivante:

Certains pensent, excusez-moi du terme, que pour être de bons catholiques, il faut se comporter comme des lapins, mais ce n’est pas le cas.

Alors c’est vrai. Pour une certaine frange de la catholicité occidentale (qui est d’ailleurs celle qui s’offusque le plus des piques que lance le pape), la famille nombreuse(tm) est l’alpha et l’oméga de la « bonne » famille, et cette attitude conduit à des comportements présentant le manque le plus élémentaire de charité envers les autres 1. Ceci dit, ce n’est pas nécessairement le public visé par les propos du pape (la transcription complète de sa réponse cible plus les familles de pays pauvres, qui prennent des risques – non seulement économiques, mais aussi purement et simplement vitaux – en ayant des familles à rallonge).

Maintenant, est-ce à dire qu’il y a une rupture entre les propos du pape actuel et ceux de ses prédécesseurs?

La réponse est bien évidemment « non », mais la grille de lecture manque pour la majeure partie de la presse.

  • Primo, le pape appelle les gens à la « responsabilité ». Et la responsabilité, ça peut aussi vouloir dire « penser avec sa tête », plutôt que de se laisser diriger par ses organes génitaux. Ne pas essayer, ça reste quand même l’une des meilleures manières de ne pas réussir (mais ça, ça semble passer au dessus de la tête de pas mal de gens)
  • Secundo, il se situe lui-même dans la ligne de l’encyclique honnie des « modernes », Humanae Vitae, en en explicitant le propos sur la contraception:

 

Le refus de Paul VI (de la contraception, ndlr) n’était pas lié seulement à des cas personnels (il dira aux confesseurs d’être compréhensifs et miséricordieux) : il voyait le néo-malthusianisme universel existant, à travers lequel les puissances cherchaient à contrôler la natalité

Ce qui est avant tout pointé du doigt, c’est la confusion entre les outils et les fins en matière de sexualité. De la même manière que le préservatif n’est pas LA solution contre les MST (même s’il peut faire partie de l’arsenal de prévention, comme l’a rappelé le pape précédent dans l’un de ses bouquins), la contraception n’est pas LA réponse en matière de contrôle des naissances.

C’est un outil à utiliser avec discernement, dans le cadre d’un véritable questionnement à la fois personnel et de couple (pour les gens en couple).

Comment envisagé-je ma vie sexuelle? Qu’est-ce que je veux, que suis-je prêt à accepter, qu’est-ce qui est exclu?

Ce sont pour moi des questions que chaque personne (catholique ou non) doit se poser, mais j’ai l’impression que beaucoup de gens (catholiques ou non) ne se les posent pas et/ou les éludent par des réponses dictées par un cadre extérieur (catholique ou non 2 ).

Je ne me prononce pas pour les non-catholiques, mais pour les autres, je pense que le message est clair: « Réfléchissez un peu plus, au lieu de suivre bêtement des principes qu’on n’a même pas édicté »…

Notes:

  1. cf. un des exemples cité dans ce billet
  2. Si j’étais mesquin, je dirais que ce cadre-là aussi pousse à se comporter comme des lapins, mais avec la contraception