Not all men

J’ai déjà exprimé en ces pages certaines de mes réticences envers les positions féministes sur le patriarcat, la culture du viol et les « mâles hétéro cis blancs », en grande partie parce que je n’arrive quasiment jamais à m’identifier à ce portrait du mâle alpha prétentieux et imposant sa volonté aux autres qui sont naturellement inférieurs. J’ai longtemps pensé à des explications personnelles, à commencer par le fait que j’ai été très longtemps (très) petit et maigrichon, ce qui, couplé à mon an d’avance, ne risquait pas de me pousser à la dominance de quoi que ce fut. C’est seulement il y a quelques jours qu’au détour d’un lien croisé sur ma timeline Twitter 1 que j’ai compris la cause profonde de ce décalage: je n’existe pas.

Enfin si, j’existe, je me suis rencontré, mais en tant que groupe social, je suis méconnu par les études de genre.

petit rappel à destination des masses qui ne connaissent le genre qu’à travers les inepties de Najat Valleaud-Balkacem ou Christine Boutin: les études de genre sont un domaine d’étude de la sociologie traitant de la construction des identités « masculine » et « féminine », des représentations associées et des schémas sociaux qui en découlent.
Bref cet article mettait le doigt sur un profil systématiquement éludé dans le cadre des études de genre: l’homme laïc catholique.
Si la figure du prêtre et de la femme catholique sont abondamment documentées dans les études sociologiques, celle du laïc passe dans son immense majorité sous les radars. Pourtant, à de très nombreux égards, l’homme catholique n’est pas un homme lambda.
D’abord et avant tout (puisque beaucoup des relations homme-femme tournent autour du cul) dans sa vision de la femme. Outre la question de la monogamie exclusive, l’un des grands axes de la vision du couple, c’est ce mot de saint Paul:

Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise

Et croyez-moi, quand on sait comment le Christ a aimé l’Eglise, c’est une putain de pression sur nos épaules…
En un mot comme en mille, quand on sort la putain de l’axiome « la maman ou la putain » qui résume chez certains la vision de la femme par l’homme, on aboutit à un concept fondamentalement différent, qui explique pas mal pour moi ce rejet du concept de « culture de viol » qui n’est pas ma culture.

Un autre point important, c’est que les figures éducatives ne mettent pas en avant la force brute ou la puissance dans un but égoïste, mais toujours dans une optique de service. Et au delà de la perspective évangélique, il est intéressant de repenser à la figure du chevalier qui exalte certes certaines vertus « masculines » telles que le courage ou le dépassement de soi, non pas à des des fins personnelles mais « au service » de grands idéaux ou des plus faibles. Idem avec les saints qui ne poutrent pas grand chose d’autre que des dragons et autres bestioles démoniaques et sont plutôt des figures de douceur et d’humilité.

Comme le disent les auteurs de l’article dans l’incipit de leur conclusion:

Il reste donc à élaborer une véritable réflexion sur ce que le catholicisme « fait » au genre et plus particulièrement au masculin. Si les discours religieux tendent à figer des modèles de genre, il semblerait qu’ils portent en même temps la possibilité de leur subversion. On peut parler d’un caractère « trans-genre » du catholicisme qui peut se révéler un facteur puissant de déstabilisation par rapport au modèle culturel.

En fait, je suis plutôt content de ne pas suivre le modèle culturel dominant, je l’aimais pas…

Notes:

  1. et dont je remercie chaleureusement le refferer, dont j’ai hélas oublié de noter l’alias