Je vous avais prévu que je me copiais sans scrupules, alors voici un article (et une chronique) que j’ai écrit pour l’Université d’Eté de ZoC Radio 1

Mes chers compatriotes, camarades terroristes putatifs,
Le parlement entame demain les discussions sur le nouveau projet de loi Terrorisme, dite loi Cazeneuve.

Ce n’est pas la première fois que l’on tente de nous faire passer des lois liberticides sous un bel enrobage, qu’il s’agisse de la protection de l’enfance, du respect de la propriété, ou de la protection des citoyens, et cette nouvelle loi ne fait pas exception à la règle. Au programme des réjouissances, le ministre de l’intérieur nous propose, en plus de la traditionnelle proposition de filtrer Internet, sur laquelle je ne m’étendrai pas ce soir, mais qui mériterait à elle seule des développements, du déport de certaines décisions de justices vers l’administration (comme la surveillance et le filtrage de sites), qu’on nous ressort aussi régulièrement et qui mériterait également un article à part, deux dérives « nouvelles » que je trouve particulièrement dangereuses :

  • La première, c’est la volonté de sortir du droit de presse l’apologie du terrorisme. Alors effectivement, dire aux gens que poser des bombes, c’est bien, c’est mal. Maintenant, est-ce condamnable au même niveau qu’une véritable pose de bombe ? Si je dis « Les vieux, il faudrait les tuer à la naissance », cela fait-il de moi un gérontocide comme si j’étais allé déposer 10 kilos de Semtex dans la maison de retraite d’à côté ?
    Et surtout, n’est-on pas en train de faire dévier la justice non plus vers la condamnation d’actes, mais vers celle de paroles, voire de pensée ? Et là, on se dit qu’on est en train d’atteindre un point 1984, bouquin dans lequel non seulement Big Brother nous regarde, mais l’on peut aussi être condamné pour simplement avoir eu des pensées séditieuses – ou simplement indépendantes.
  • La seconde, c’est la notion « d’entreprise terroriste individuelle ». A force de dire qu’Al Qaida est le McDo du terrorisme islamiste, il était évident que nos cacochymes de l’hémicycle allaient tenter d’y transposer le concept d’autoentrepreneur. Et comment identifie-t-on une bande de terroriste à soi tout seul ? Et bien à l’aide de faisceaux d’indices tels que la possession de produits dangereux, les contacts avec des mouvements séditieux ou la consultation d’informations sur le terrorisme sur Internet.
    Autant dire que si vous avez un sac de désherbant dans votre garage et que vous allez sur Facebook, vous avez le profil pour être un terroriste, surtout si vous avez le malheur d’avoir un patronyme qui ne sent pas bon le terroir français, que votre religion n’est pas en odeur de sainteté, que vous faites du trafic de semences bio, ou encore que vous avez des accointances avec les alter-anarchistes de l’ultra-gauche opposés à Notre-Dame des Landes ou les intégro-fascistes de l’ultra-droite opposés au Djendeur ou au mariage pour tous. Et je ne vous explique pas comme vous êtes dans la merde si vous êtes tout ça à la fois…

Comme le disait Aquinus 2 sur Twitter

Alors face à ça, que pouvons-nous faire ?

  • D’abord, se renseigner. Pour cela, les gentils gens de la Quadrature du Net ont mis en place un site web : Présumés Terroristes qui détaille le PJL.
  • Et puis contacter votre député. Lui expliquer que cette loi est dangereuse, qu’on met encore une fois un emballage-cadeau sur une nouvelle loi liberticide. Et accessoirement lui rappeler que son vote sur le sujet peut entrer dans la balance lorsqu’il s’agira de mettre un bulletin dans l’urne 3
  • Et faites du bruit, parlez-en autour de vous. Expliquez à votre vieille tante que ce qu’on nous concocte aujourd’hui, ce sont des outils qui peuvent permettre demain de museler de façon discrétionnaire toute contestation.

Il en va de notre liberté à tous.

Notes:

  1. On y parle de n’importe quoi très vite, et c’est visionnable par ici
  2. qui lui-même le piquait à Fol Bavard
  3. et je ne serais pas surpris que cet appel aux urnes n’attende pas 2017…
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