Le Jeudi Saint a toujours une résonance particulière chez moi. D’abord parce que ce sont mes premiers souvenirs de messe « seul » (comprendre, pas en famille – non pas que j’aie jamais été forcé d’aller à la messe en rang serré avec interdiction de moufter 1 mais les considérations d’horaires, de praticité et de service de messe ont fait que nous nous retrouvions tous au même endroit), et aussi parce que certains souvenirs valent leur pesant de cacahuète…

[Disclaimer: ce billet va contenir tout un tas de références au déroulement de la messe. Il n’est pas exclu que certains d’entre vous n’y pannent rien]

La palme du n’importe quoi revient, je pense, aux « messes des jeunes » organisées par l’interaumonerie des lycées. Je pense qu’entre mes 10 ans et mes 16 ans, j’ai expérimenté toutes les possibilités d’innovations post-conciliaires imaginables.
L' »autel » remplacé par une longue table de camping disposée dans la nef avec les bancs disposés le long de ladite table, j’ai vécu (et je plains ceux qui ont dû tout réorienter).
L’hostie remplacée par des miches de pain de campagne (par ailleurs fort bon) rompu, j’ai aussi eu.
La gestuation du lavement des pieds où chacun à son tour devait mimer le geste devant son voisin, on a essayé de me le faire commettre (ceux qui me connaissent un minimum savent à quel point je goûte peu les scénographies et autres extériorisations, surtout pendant des temps que je considère consacrés au recueillement…)
J’ai aussi eu droit à la messe dans le désordre. Evangile en entrée, suivi de l’Agnus (enfin l’Agneau de Dieu, vu que la moindre parcelle de latin, fut-ce le Kyrie 2 faisait se dresser de peur les cheveux des animateurs des chants) puis, si mes souvenirs sont bons, de l’épitre(« Frères hébreux, frères hébreux! Paul nous a envoyé une lettre! » 3), du Notre Père. Et si la consécration a précédé la communion, c’était de justesse…
Dans tout ça, le plus normal était presque l’accompagnement musical avec des instruments plus ou moins divers et plus ou moins bien maitrisés…
Et pour finir, une anecdote plus récente, et pas du Jeudi Saint, puisque c’était la veillée pascale, dans la cathédrale de Clermont, totalement éteinte, comme le veut la tradition, quand tout à coup, un djembé se met à jouer. A ce moment-là, mon frère se penche vers moi et me dit « Les tambours des profondeurs. Ils arrivent… »

A côté de ça, même la liturgie tridentine la plus hermétique à la fantaisie propose pendant le Jeudi Saint un rituel surprenant: le dépouillement des autels. Après la messe et la procession vers le reposoir (comme aucune messe n’est dite entre le Jeudi Saint et Pâques, une réserve d’hosties consacrées est faite et déposée dans un endroit particulier qui n’est pas le tabernacle – qui, lui, reste ouvert pour signifier la mort du Christ), le célébrant fait le tour de tous les autels pour en retirer les nappes (qui sont, en temps normal, toujours présente), le tout « dans une certaine hâte » 4. Maintenant, imaginez un père abbé, avec étole, chape et tout, courant à travers l’église et retirant d’un grand geste les linges d’autels, qu’un des servants court déposer à la sacristie avant de revenir prendre les suivants (oui, c’était une abbaye avec beaucoup d’autels, surtout dans la crypte)…

Et maintenant, le Jeudi Saint, c’est aussi l’occasion de revivre ce que mon père a vécu avant moi et dont je parlais en ces colonnes:

La vie est un éternel recommencement…

Notes:

  1. d’ailleurs, nous avons toujours eu tendance à nous éclater aux quatre coins de l’église
  2. le lecteur pointilleux me fera remarquer que c’est du grec, et il a parfaitement raison, mais on me l’a également sorti
  3. non, je n’y ai pas eu droit, c’est une citation de L’ange et le réservoir de liquide à frein, que je vous recommande au passage
  4. ce n’est peut-être pas l’expression exacte, mais ça avait été précisé par le cérémoniaire de l’abbaye où je servais la messe
Catégories : Fourbi et Orbi

2 commentaires

Anna · 18 avril 2014 à 10 h 20 min

J’ai reconnu la citation du premier coup 😉
Les expérimentations décrites dans L’ange et le réservoir… sont pleines de bonne volonté mais assez fantasques…

Skro · 18 avril 2014 à 10 h 31 min

Bravo!

Pour moi, le seul point irréaliste des scènes cérémonielles de l’Ange, c’est la communion au riz gluant.
Le Chemin de Croix, en particulier, aurait pu être conçu par certains piliers d’aumônerie que j’ai eu l’heur de fréquenter…

Les commentaires sont fermés.